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Célibataire
hugh



elle fut calice!
sur les chants ébahis
d' un sein chuchotant ,
battant l'essence
d'un règne...évidence ;

O! déesse intouchable
délassant tes sables
acculant ma flamme
aux corsages d'un songe
que les hiers épongent...

Elle fût un jour ,
non un recours ;
non un secours;
juste ma tour...
juste ma tour..

et château en donjon
et rose en ajoncs ,
milles versets esseulés
naquirent incessant
frémissant désolés
île noyée..
en l'iris océan...

O!déesse intouchable ,
de celle, irréelle
O!déesse intouchable ,
de celle ,séquelle.....
31/10/2008
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Célibataire
Kesselring

Existence placide.





Ce n'était qu'un matin brumeux, flottant parmi mille autres, dans une sorte de danse sans rythme. Il n'y avait qu'elle. Elle et son cœur abîmé, lourd de souvenirs arrachés et d'images décolorées.Ce n'était qu'un mirage, dans un fleuve endormi, comme une ombre sans nom sous un ciel obscur. Rien.Il n'y avait rien, non, autour d'elle. Juste le voile diaphane de son dernier espoir, de sa dernière prière, un soupir dans la nuit glacée. Le voile ne se déchire, mais l'âme s'étiole. Le corps se meut.

Il se tourne et se détourne, sur le chemin trop rigide de l'existence placide.

Les haleines tièdes se mêlent, rubans argentés d'une brume engourdie, dans les profondes noirceurs du temps. Elle se serait presque endormi, transie de froid dans ses fines jupes, alors que les secondes défilaient en la narguant. Ce n'était qu'une sorte de songe sans fin qu'elle observait dans le miroir trouble de la vie, une route à tracer, alors même que ses jambes s'avancent dans l'inconnu gelé d'une destiné contre-indiquée. Alors ses yeux s'ouvrent grand sur le vide insensé de son existence, ses longs cils battant son regard absent.

Un concerto sans concertation, syncope brisée et triolet de noires, tête tournante et mains moites.

Une brûlure. Voilà une comparaison bien frêle, par rapport à ces sentiments qui se bousculent. Quelques notes de musique s'égrainent dans l'atmosphère lourde, pour s'abattre avec fracas sur le sol givré. Elles parlent de soleil, faible rayon d'un espoir bientôt évaporé. Il y a des mots qui disparaissent, dans le lointain. Ceux qui s'oublient sur les routes effacées. Et pourtant. Une feuille craquelée, à l'encre bleue délavée, qui virevolte contre son cœur palpitant. Battement incessant. Le regard se perd à l'horizon chatoyant. L'indicible heure profile ses délicates parures. Le corps s'emplit d'une lueur irréelle, coupe de promesses sacrées aux reflets nacrés.


Le réceptacle est infini, tant que les paroles résonnent sans jamais se rompre.
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Célibataire
Delekth

Silent Hill Ørigins


Appellation d’origine non contrôlée.

Certains points de la série du survival-horror le plus poétique et malsain étant plus ou moins vagues, Konami sort donc un opus qui éclaircit le pourquoi du comment des déclencheurs des sombres horreurs présentes dans tous les épisodes de Silent Hill. Indispensable à la compréhension des épisodes ? Oui.

Travis Grady est un routier plus ou moins banal. Son camion file à toute vitesse au travers de la pluie battant contre le pare-brise, sur les petites routes de campagne américaines. Soudainement, à l’approche de Silent Hill, il stoppe brutalement afin d’éviter une petite fille. Il descend de son camion pour voir si la fillette va bien alors qu’elle disparaît dans la brume. Travis la suit jusqu’à une maison en feu...

“Un corps noirâtre, un personnel médical peu qualifié. Une pièce de théâtre, ou encore un dimanche matin où ma mère voulu me tuer. ”

La mise en scène du jeu est violente et immédiate. Comme si le sol se dérobait sous vos pieds. Tout est mis en oeuvre pour compresser littéralement le joueur. Les violons désaccordés résonnent et matraquent le crâne. Les vagues d’ennemis successives ne tarissent jamais. Les seuls moment où vous pouvez souffler un peu se trouvent sur la pointe de votre perche à perfusion improvisée en lance. Le scénario se dévoile progressivement, entre quatre coups de télévision sur un crâne décharné. Plus Travis avance, plus les questions passées s’additionnent à sa quête : rechercher la petite fille qu’il a trouvé. Il est évident que le scénario est extrêmement riche et complexe, il faut gratter mentalement la surface de tout ce que l’on voit pour finalement découvrir la vérité. C’est une quête d’absolution. Cet épisode est non seulement indispensable pour pouvoir comprendre l’histoire générale, le but de la secte de Silent Hill, mais c’est aussi et surtout le point d’encrage de tous les personnages principaux de la série. En effet chaque personnage possède un mécanisme psychologique de défense et d’appréhension de la réalité. Ainsi qu’un passé douteux...

Afin d’affronter les diverses "créatures" qui hantent les rues et bâtiments de Silent Hill, Travis dispose d’un arsenal conséquent allant de la télévision portable à lancer à la carabine, queue de billard, clé anglaise, crochet à viande et autres démonte-pneus. Les armes de corps à corps s’usent et finissent par casser. En dernier recours, il reste donc le combat à main nues. C’est là que Travis peut exprimer clairement et revendiquer la toute puissance physique du corps des transports routiers... jusqu’au bout des poings. Le gameplay est identique aux autres épisodes : on lock, on frappe, on achève. Les attaques sont fluides bien que les temps morts après et avant chaque attaque nécessitent un temps d’adaptation. Une action d’origine douteuse est à noter : pour achever un ennemi, il suffit de presser le bouton croix. Or Travis n’achève pas systématiquement chaque ennemi, ce qui pourrait amener à penser à un bug, soit à une cohérence époustouflante, renforcée, et justifiée du scénario. Silent Hill Ørigins se voulant dangereux et haletant, les énigmes se retrouvent maintenant simplifiées. Il n’est maintenant plus question que de chercher une clé pour déverrouiller une porte, ou la pièce manquante d’une machine.

La réalisation graphique est couplée à la réalisation sonore. Il y a une globalité complémentaire dans l’agencement de ce qui apparaît à l’écran et de ce qui sort des enceintes. C’est oppressant à souhait. Entre le voyage entre les deux monde, l’ensemble des éléments est évolutif, et les objets se trouvant dans l’un se retrouvent altérés dans l’autre. Le mythe de la rouille, de la brume et du sang est aussi présent, voir plus, que dans les autres épisodes. L’équipe de développement nous peins ici un fresque horrifique mais tellement attractive. La production sonore ne laisse jamais en reste, entre les basses qui grondent en simulant le brouillard, le tintement des armes contre les os, ou les musiques exécutées de la main du génie Akira Yamaoka qui n’a désormais plus rien à prouver.

Silent Hill Ørigins s’avère finalement indispensable pour comprendre les origines et buts de la secte, et inconsciemment, connaître la nature humaine de chaque personnage de tous les épisodes de la série. A faire avec assiduité.


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Célibataire
MonsieurBo

"Il n'y a plus rien", Léo Ferré

Ecoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles pu tes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.
Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle. C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
C'est vraiment con, les amants.

IL n'y a plus rien

Camarade maudit, camarade misère...
Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi ?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu'un qui dort
Alors va-t-en, dans le matin clairet
Seul
Te marie pas
Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
Tu pourras lui dire :"T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t'as pas honte ? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs ?
Espèce de conne !
Et barre-toi !
Divorce-la
Te marie pas !
Tu peux tout faire :
T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir !

Il n'y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
Il en a marre qu'on lui dise : " Sale blanc !"

A Marseille, la sardine qui bouche le Port
Etait bourrée d'héroïne
Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
Libérez les sardines
Et y'aura plus de mareyeurs !

Si tu savais ce que je sais
On te montrerait du doigt dans la rue
Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen !

Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
A la publicité des enzymes et du charme
Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

Les mots... toujours les mots, bien sûr !
Citoyens ! Aux armes !
Aux pépées, Citoyens ! A l'Amour, Citoyens !
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés !
Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire !

Nous ne sommes même plus des juifs allemands
Nous ne sommes plus rien

Il n'y a plus rien

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes !
Des poitrines occupées
Des ventres vacants
Arrange-toi avec ça !

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi !
Sous les pavés il n'y a plus la plage
Il y a l'enfer et la Sécurité
Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
N'en déplaise à la littérature

Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l'encyclopédie, les mots !
Et nous partons avec nos cris !
Et voilà !

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Je suis un chien ?
Perhaps !
Je suis un rat
Rien

Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens :
"Apprends donc à te coucher tout nu !
"Fous en l'air tes pantoufles !
"Renverse tes chaises !
"Mange debout !
" Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors
Marche
Crève
Baise
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
Lâche ces notions, si ce sont des notions
Rien ne vaut la peine de rien

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit !
Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le cathéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent...
Ils s'engouffrent dans l'innomé
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel !

La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage : on rote
et on arrête le massacre.
Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
Alors, becquetons !
Côte à l'os pour deux personnes, tu connais ?

Heureusement il y a le lit : un parking !
Tu viens, mon amour ?
Et puis, c'est comme à la roulette : on mise, on mise...
Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
D'ailleurs, c'est ce qu'on fait !
Je comprends les joueurs : ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
Et ils mettent, ils mettent...
Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

Te marie pas
Ne vote pas
Sinon t'es coincé

Elle était belle comme la révolte
Nous l'avions dans les yeux,
dans les bras dans nos futals
Elle s'appelait l'imagination

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
Elle sommeillait
On l'enterra de mémoire

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit !

Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
Rien dans les mains
Rien dans les poches

Tout dans la tronche !

- Vous n'avez rien à déclarer ?
- Non.
- Comment vous nommez-vous ?
- Karl Marx.
- Allez, passez !

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Ecoutez-les... Ecoutez-les...
Ca rape comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlotte ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges !
Ecoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient ?
Hein ?

Nous étions combien ?
Ca ira !

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

0 DC8 des Pélicans
Cigognes qui partent à l'heure
Labrador Lèvres des bisons
J'invente en bas des rennes bleus
En habit rouge du couchant
Je vais à l'Ouest de ma mémoire
Vers la Clarté vers la Clarté

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
J'imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu'un binaire

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi
Quand tu auras passé le mur du mur
Quand tu auras autrepassé ta vision
Alors tu verras rien

Il n'y a plus rien

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire :

Monsieur !
Madame !

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous ?
Pardon.... LEURS sous !

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui
racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur
et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les
champions de l'anonymat.

Les révolutions ? Parlons-en !
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous interesser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites,
à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas ?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi,
on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt,
dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise : "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles ! Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous ne vous la concédez
que dans la métaphore... Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer
votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse !
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez !

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos réglements d'administration pénitenciaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

Dans dix mille ans.
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